Le Tour de France 2011 – bilan au deuxième jour de repos

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Des leaders en péril, un Français sans complexe en action

 

Alors que la deuxième semaine de course a touché à sa fin, les grands bonhommes du début de Tour sont toujours présents aux avants-postes : le leader du classement UCI Pro Tour (P. Gilbert) qui court toujours après le maillot vert, le leader du classement UCI Europe Tour (T. Voeckler) pour le classement général et le champion du monde en titre (T. Hushovd) en chasseur d’étapes.

 

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Après la Vendée, la Bretagne et le Massif Central, ce sont les Pyrénées qui accueillaient les coureurs du Tour 2011 (source photo RTRPIX)

 

Thomas Voeckler en route pour l’éclat de sa carrière

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Tout sourit au leader de l’UCI Europe Tour cette saison. Le coureur de Jean-René Bernaudeau pourrait bien réaliser la grosse surprise de cette édition. (source photo AFP)

 

La semaine dernière, les étapes de Luz Ardiden et du plateau de Beille étaient les deux tests pour conserver le maillot jaune.

Jeudi, déjà brillamment aidé par son coéquipier Pier

re Rolland, il a résisté au train soutenu de Sylvester Szmyd qui faisait l’écrémage pour Ivan Basso au pied de la montée finale. Le Français s’est ainsi retrouvé uniquement avec les meilleurs du peloton. Au terme de cette première arrivée au sommet, il n’a lâché que 20 secondes sur le groupe Evans et 7 sur Alberto Contador.
Puis dimanche, lors de l’étape reine, le scénario était quasiment identique, à l’exception près qu’il n’a concédé aucune seconde sur ses adversaires directs, en dégageant même une impression de sérénité.

Au lendemain de l’arrivée au plateau de Beille, Thomas Voeckler est devenu la 4ème plus petite cote pour la victoire finale (après Andy Schleck, Evans et Contador). Même les bookmakers se mettent à croire à sa victoire finale.

Il y a des raisons d’y croire car l’actuel leader du classement UCI-Europe Tour n’a jamais été aussi fort que cette année. Avec huit succès cette saison, seuls Alberto Contador et Philippe Gilbert ont gagné plus de courses que lui.
Pour témoigner de ses progrès, on peut comparer sa montée du plateau de Beille avec celle de 2004. Il défendait alors déjà un maillot jaune et avait été accrédité d’une ascension de 50’25. Il a fait 3’33 de mieux samedi.
Enfin, s’il a repris 3’54 sur les autres lors de l’étape de Saint Flour, ce que peu soulignent est que sans cette échappée il aurait malgré tout été 7ème du général entre les deux Espagnols Samuel Sanchez et Alberto Contador.

Il reste désormais deux arrivées au sommet : au Galibier jeudi et à l’Alpe d’Huez vendredi. D’ici là, près d’une semaine se sera écoulée avec un jour de repos intercalé, il aura donc le temps de récupérer en parti de ses efforts. Puis, à l’issue des échéances alpestres, s’il garde encore sa marge d’avance d’1’49 » sur l’aîné des Schleck, et surtout celle de 2’06 » sur Evans qui est le seul véritable bon rouleur du top 5, on aura trouvé le successeur au Blaireau 26 ans après.

« J’ai 0% de chance de gagner le Tour. » Malgré ces propos qu’il ne cesse de répéter, il est très proche du graal cette année. Le récent vainqueur du Tour du Haut-Var, de Cholet-Pays de Loire et des Quatre jours de Dunkerque n’a pas l’air de vraiment s’en rendre compte. En mesure de suivre les meilleurs jusqu’alors lorsque la route s’est élevée, il est en train de devenir un homme fort du peloton du Tour. Alors, quid de ses déclarations toujours très pessimistes quant à son avenir en jaune ? Serait-ce une stratégie de communication délibérément recherchée afin de s’extirper toute pression superflue en cas de contre-performance éventuelle ? Quoi qu’il en soit, on pourra compter sur le protégé de Jean-René Bernaudeau pour jouer sa carte à fond jusqu’aux Champs-Elysées.

 

Roy et les intenables FDJ toujours pas récompensés

 

 

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Jérémy Roy à l’arrivée à Lourdes (source photo AFP)

 

La bonne échappée : beaucoup la veulent, peu y parviennent sauf les FDJ toujours présents aux avants-postes en plaine comme en montagne depuis le début du Tour. Les Arthur Vichot, Mickael Delage, Sandy Casar, Anthony Roux et Jérémy Roy courent cependant toujours après une victoire. Le dernier cité en était le plus proche vendredi dernier sur la route de Lourdes.
Echappé pendant près de 200 km, lauréat du souvenir Jacques-Goddet au sommet du Tourmalet, le coureur de Marc Madiot s’est envolé dans le col d’Aubisque vers un long raid solitaire de 60 km. Mais il lui a manqué 3 kilomètres : il n’a rien pu faire pour contrer le retour de celui qui est considéré comme le meilleur descendeur au monde avec Fabian Cancellara : le champion du monde Thor Hushovd.

 

Jeannesson, Rolland, Péraud en révélations

 

Dix-septième et quatrième Français du général, Arnold Jeannesson (FDJ) s’est révélé au grand public lors de l’arrivée à Luz Ardiden. Il y a fini à seulement 49 secondes du groupe d’Andy Schleck. Cependant, il a perdu beaucoup de temps lors de l’ascension du plateau de Beille en arrivant près de 4′ après les favoris. Il a sûrement tiré un trait sur ses chances de figurer dans les dix premiers du général. Néanmoins, un top 15 est très envisageable et le maillot blanc est également encore dans son viseur (2’10 de retard sur le Colombien R. Uran).

Pierre Roland, équipier de Thomas Voeckler, a impressionné dans les Pyrénées. Toujours au contact des meilleurs à protéger le maillot de leader du Tour, son statut d’équipier modèle est incontestable. Doté d’un fort potentiel, bien plus qu’un simple équipier, il est un des grands espoirs du cyclisme français. Avec ses brillantes prestations dans les Pyrénées, il est non seulement bien placé au général (14ème), mais aussi au classement du meilleur jeune (3ème à 1’10 d’Uran).

Au plateau de Beille, il n’y avait pas que Thomas Voeckler et son équipier Pierre Rolland au milieu des cadors, Jean-Christophe Péraud était également bien présent. Actuel douzième au général, le leader d’AG2R la Mondiale vise une place dans le top 10 pour son premier grand Tour. Pour cela, il faudra qu’il continue d’accrocher les roues des cadors du Tour dans les Alpes et qu’au contre-la-montre de Grenoble, il retrouve son niveau affiché lors de son titre de champion de France de la discipline en 2009.

Le monde des sprinters

Certains se focalisent sur la chasse au maillot vert : Rojas, Cavendish, Gilbert

Ces trois hommes sont à la lutte pour ramener le maillot vert à Paris. Actuellement, le sprinter de l’Ile de Man a 37 unités d’avance sur le champion d’Espagne, et 71 sur le champion de Belgique. Tous trois ont des profils très différents. Si Marc Cavendish est incontestablement le meilleur sprinter au monde du moment, José Joaquin Rojas fait preuve d’une grande régularité dans les sprints, et Philippe Gilbert aura une carte à jouer lorsque la route s’élèvera dans les Alpes.
Vainqueur de quatre étapes, le Britannique est quasiment imbattable dans la plaine ; mais la montagne peut l’éliminer. Il ne sera pas à l’abri d’une arrivée hors délais lors des étapes alpestres. Le puncheur Wallon, par son panache hors pair mêlé à ses qualités de bon grimpeur, jouera son va-tout lors des quatre étapes à venir. Quant à L’Ibérique, moins bon grimpeur que le numéro un mondial, il comptera sur les deux étapes à venir, mais également sur le sprint intermédiaire de l’étape conduisant le peloton au Galibier.

D’autres visent les étapes avec plus ou moins de réussite : Petacchi, Boasson Hagen, Hushovd

 

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Thor Hushovd vainqueur à Lourdes (source photo AFP)

En retrait mardi, mercredi et dimanche derniers sur les derniers sprints massifs, et désintéressés des arrivées au sommet de jeudi (sur les hauteurs de Luz Ardiden) et samedi (au plateau de Beille), on les a vu à l’avant vendredi lors de l’étape la moins exigeante des Pyrénées. Seule l’ascension de l’Aubisque comme véritable difficulté du tracé se présentait. Située à plus de 50 km de l’arrivée à Lourdes, cette étape se prêtait donc bien aux échappés. Ces trois sprinters composaient le groupe d’attaquants du jour. Entouré des deux Norvégiens du peloton, la présence de l’Italien de la Lampre était toutefois assez surprenante dans cette étape qui nécessitait quand même un minimum de qualité de grimpeur pour avoir des chances de s’imposer.
Cette stratégie a souri au sprinter de la Garmin qui a apporté à sa formation la troisième victoire d’étape après celles du contre-la-montre par équipe et de Tyler Farrar la première semaine. Quant au second Norvégien Edvald Boasson Hagen, viser l’étape de Lourdes n’était que du bonus car il compte déjà un succès sur ce Tour (à Lisieux lors de la 6ème étape). Enfin, l’Italien Petacchi ne peut donc plus compter que sur l’arrivée à Paris pour triompher cette année sur le Tour.

Pendant qu’un arrive à éclosion au plus haut niveau : André Greipel

 

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André Greipel triomphe à Carmaux (source photo AFP)

Absent des débats lors des sprints massifs de la première semaine, André Greipel surnommé le Gorille de Rostoc a lancé son Tour mardi dernier à Carmaux en ajustant son grand rival Marc Cavendish dans les 200 derniers mètres. Le lendemain à Lavaur, les deux hommes étaient encore à la lutte pour la victoire mais cette fois-ci l’Allemand n’a rien pu faire pour contre le Britannique.
Ces deux étapes lui ont permis de franchir un cap. Annoncé comme le successeur d’Erik Zabel, il n’avait encore jamais confirmé les lourdes attentes qui pesaient sur ses épaules.

La course au maillot jaune : entre défense et maladresse

La faillite collective des Leopard-Trek pourtant sur le terrain de jeu des Schleck

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Andy Schleck dans la roue de son frère champion du Luxembourg (source photo Reuters)

Incompréhensible, telle a été jusqu’alors la tactique de course des Leopard-Trek pourtant plus riche formation du peloton mondial. Au-delà de toutes les attaques téléphonées des frères Schleck dans la montée vers Luz Ardiden, c’est lors de l’étape du plateau de Beille que l’attitude collective de toute l’équipe Leopard-Trek a le plus interpellé.

Lorsque les Fabian Cancellara, Stuart O’Grady et Joost Posthuma se sont mis à se relayer en tête de peloton afin d’opérer une grosse sélection à près de 100 km de l’arrivée, on a tous pensé à la grande offensive du jour des Leopard dès les premières rampes du col d’Agnès ; d’autant plus que Jens Voigt et Linus Gerdemann s’étaient glissés dans la bonne échappée du jour et pouvaient donc servir de point d’appui à une éventuelle offensive d’un des Schleck. Pourtant, il n’en était rien. Au pied de l’ascension finale, le constat était donc le même entre les ténors du Tour. Jakob Fulgsang et Maxime Montfort enchaînaient alors les relais en tête du groupe des favoris.

Une fois écartés, l’heure de la grande offensive ? Simplement le moment venu pour Pierre Rolland d’imprimer le rythme en tête avec Voeckler dans sa roue. Rien de plus jusqu’à ce qu’Andy Schleck, soucieux d’entretenir régulièrement sa VMA, s’improvise une séance de fractionnés dans le plateau de Beille à 5 km du sommet. Sa séance du jour : des séries de 30 secondes d’accélération franche / 1′ d’arrêt total. Il était par ailleurs précisé dans l’intitulé de celle-ci qu’elle devait s’achever sur une phase de 30 secondes d’accélération, d’où son attaque à 300 m de la ligne lui permettant de reprendre 2 secondes au général sur les autres…

2 secondes, c’est donc le prix de 100 km d’effort intense de la part de tous les équipiers. Un grand bravo aux protégés de Kim Andersen, et merci pour cette véritable démonstration collective à montrer dans toutes les écoles de cyclisme…

Que recherchaient-ils en courant de la sorte ?
Emmener Cadel Evans dans un fauteuil jusqu’à Grenoble ? Laisser à Alberto Contador l’oportunité de se refaire une santé avant de revenir en pleine forme dans les Alpes ? Permettre à Thomas Voeckler de véritablement rentrer dans la course au podium ?

Il est bien loin le temps du train bleu US Postal.

Contador : « en los Alpes estaré mejor que en Pirineos »

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El Pistolero sera à surveiller de près dans les Alpes (source photo Reuters)

Ce n’est un secret pour personne : son coup de pédale a longtemps été handicapé par ses séquelles au genou droit à la suite de ses chutes de début de Tour. Mais beaucoup le voient plus bas que bas actuellement. Pourtant, il m’a paru beaucoup plus en jambe lors de l’arrivée au plateau de Beille que lors des étapes d’avant. Bien plus serein qu’un Frank Schleck et toujours au contact des attaques d’Andy contrairement à Ivan Basso, il a été nullement inquiété par les autres favoris censés être en pleine forme.

Par ailleurs, un constat : « à la pédale » donc en enlevant son temps perdu au contre-la-montre par équipe et lors de son retard engendré par la chute lors de la première étape, c’est lui qui gagnerait le Tour. Pour l’instant, cela ne lui aurait fait au général que 2 secondes de retard sur Andy et Evans, et un déficit de 33 secondes sur Franck. Or, étant bien meilleur rouleur que les Schleck, il ne fait guère de doute qu’el Pistolero n’en aurait fait qu’une bouché. Le duel face à Evans aurait alors été à son paroxysme. Certes avec les « si » on peut refaire le monde comme on dit, mais le fait est là : même amoindri, le Madrilène n’est surtout pas à sous-estimer.

« Je n’avais pas de bonnes sensations mais, aujourd’hui je n’ai pas éprouvé beaucoup de difficultés et cela me motive pour les prochaines étapes […] je me sens mieux chaque jour. Ce Tour a été difficile pour moi. J’espère que ça va encore s’améliorer et que je serai totalement remis dans les Alpes pour attaquer. » (AFP)

L’avenir nous le dira mais il ne faut jamais enterrer trop vite les grands champions.

Evans en situation idéale

L’Australien est le principal adversaire de Voeckler. Idéalement placé au général et jamais encore embêté par des chutes, c’est de loin le meilleur rouleur du top 5 sur contre-la-montre.
Par ailleurs, en 2007, Evans était arrivé 1’52 après le duo Contador-Rasmussen au sommet du plateau de Beille, soit après une ascension de 45’59. Tout le monde soulignait le fait qu’il avait eu un jour sans. Or, samedi dernier, le groupe des favoris, est arrivé après 46’52 d’ascension. Le niveau des gros bras du peloton a donc particulièrement baissé en montagne, et de très loin. A ce petit jeu là, c’est bien le leader de la BMC qui en tire profit car plus personne n’arrive à le lâcher en montagne.

Sanchez et Vanendert en animateurs des Pyrénées

Samuel Sanchez à domicile

Loin des meilleurs au général en accusant un retard de près de 2’30 sur les autres favoris du Tour, le leader de la formation Euskaltel se devait de passer à l’attaque dans les Pyrénées. Quasiment à domicile au milieu de la foule basque, la première étape sur les rampes de Luz Ardiden s’y prêtait à merveille. En s’extirpant du groupe maillot jaune dans la descente du Tourmalet, le quatrième du général de la dernière édition s’est offert un première succès sur la Grande Boucle, dix ans après la victoire du Basque Roberto Laiseka dans la même station des Hautes-Pyrénées.

La surprise Jelle Vanendert

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Jelle Vanendert triomphe au plateau de Beille et succède au palmarès à Marco Pantani, Lance Armstrong (vainqueur par deux fois) et Alberto Contador (source photo Reuters)

Depuis la 6ème étape du Tour 1981 et la vicoire de Lucien Van Impe au terme de l’étape Saint-Gaudens – Saint-Lary-Soulan, cela faisait trente ans que les Belges attendaient un succès en haute montagne sur les routes du Tour. Le prometteur Flamand de 26 ans a assuré la succession sur les hauteurs du plateau de Beille samedi dernier. Deuxième de la première grande étape pyrénéenne derrière Samuel Sanchez, il a cette fois pris le meilleur sur le champion olympique de Pékin. Il endosse le maillot à pois qu’il espère conserver jusqu’à Paris afin d’également pouvoir succéder à Van Impe – sextuple et dernier meilleur grimpeur Belge du Tour.

L’aisance avec laquelle il s’est accroché aux favoris du Tour doit sûrement laisser planer beaucoup de regret chez les Omega Pharma Lotto quant à l’abandon prématuré sur chute du leader de la formation Jurgen Van den Breock. Accompagné de Vanendert, nul doute qu’il aurait eu une très belle carte à jouer pour le podium final.

Mon top 15 final au général

1) C. Evans
2) T. Voeckler
3) A. Contador
4) A. Schleck
5) F. Schleck
6) I. Basso
7) S. Sanchez
8) R. Uran
9) T. Danielson
10) J.C. Perraud
11) P. Rolland
12) D. Cunego
13) K. De Weert
14) R. Taaramae
15) A. Jeannesson

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