Laurent Fignon – Nous étions jeunes et insouciants

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Un ouvrage à recommander à tous passionnés de la petite reine

 

Nous étions jeunes et insouciants est mon 7ème ouvrage achevé traitant du sport. Auparavant, j’en avais lu trois portant sur les dessous du milieu cycliste (Positif de C. Bassons, Prisonnier du dopagede P. Gaumont et L.A. Confidentiel – les secrets de Lance Armstrong de P. Ballester et D. Walsh), deux évoquant les travers du monde du football (Je ne joue plus ! de J. J. Eydelie et Carton Rouge ! Les dessous troublant de la FIFA d’A. Jennings).
A cette liste, s’est ajouté il y a quelques mois le témoignage de Fouad Chouki (Ma course en enfer) – ancien athlète de haut niveau. Ce dernier est le livre qui se rapproche le plus du récit de Fignon. Dans les deux cas, on a davantage affaire à une autobiographie qu’à une critique intégrale du milieu sportif concerné, et dans les deux cas, le côté sportif l’emporte sur les travers extra-sportifs, ce qui plus plaisant à lire pour un passionné.
Laurent Fignon nous plonge ici dans l’univers qui a bercé la moitié de son existence entre son premier contrat pro signé dans l’équipe Renault du très respecté Cyrille Guimard avec pour leader incontesté le Blaireau Bernard Hinault et la fin de sa brillante carrière du côté de l’équipe italienneGastorade au début des années 90 – début des « années charnières » du dopage de masse dans le cyclisme.

 

Une carrière qui force le respect

 

Découvert par Cyrille Guimard à l’issue d’une brillante saison 81 en amateur, c’est dans la meilleure équipe française du circuit cycliste qu’il débarque – Renault. On y trouvait notamment le grand Bernard Hinault qui était alors dans un état de forme exceptionnel. Dès son arrivée, Laurent Fignon a pu en témoigner : « Quand Hinault était au sommet, il atteignait des altitudes que seuls les aigles pouvaient survoler ».

Pour sa part, Fignon, promis à un rôle d’équipier, il a su très vite s’imposer et bouleverser la hiérarchie pré-établie à son arrivée.

Parmi ses victoires prestigieuses, je retiens le championnat de France 84, le Giro 89, les Tours 83 et 84, la Flèche Wallonne 86 et les Milan-San Remo 88 et 89.

Sa plus grande victoire est sans conteste celle du Tour 84 où il a confirmé sa victoire surprise de 83 avec la manière et face à Bernard Hinault qui, blessé, n’avait pu prendre part à l’édition précédente. Il dompte son coéquipier adversaire dans la montagne. Il n’avait peur de rien. Il était dans un état de forme physique et mental à son apogée. A l’issue de l’étape de l’Alpe d’Huez où il a contré victorieusement une attaque du Blaireau, il a même été jusqu’à déclarer aux médias : « quand je l’ai vu partir ainsi, je me suis mis à rigoler ». A l’arrivée sur les Champs-Elysées, dix minutes les séparaient au classement général.

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Tour de France 84 que Laurent Fignon, fort de son titre de champion de France acquis quelques jours plus tôt, survolera en finissant avec plus de 10′ d’avance au général sur le deuxième Bernard Hinault – son leader initial.

2972151495_2_7_mN8PQ9tTVictoire à Milan-San Remo 88 au sprint devant M. Fondriest après s’être échappé dans le Poggio.

 

Sa seconde victoire à Milan-San Remo en 1989 m’a également particulièrement marqué. Après celle de l’année précédente, il a su rééditer la prestation sur les terres transalpines. Entre la Cipressa et le Poggio, il s’échappe en compagnie du Néerlandais F. Maasen. Puis, le Français a relégué son compagnon d’échapée dans l’ultime difficulté du jour avant de s’imposer en solitaire. Il demeure encore le dernier Français à figurer au palmarès de cette classique de prestige.

Sa carrière a aussi été emprunte de malheureuses anecdotes. Que dire du scandaleux Giro 84 sur lequel il était dit dès le départ que Francisco Moser – star italienne de l’époque – devait s’imposer. Tous les moyens étaient employés pour que Fignon soit repoussé hors d’atteinte du maillot rose : l’injuste suppression de la rude étape de montagne du Stelvio, les hélicoptères placés lors de ses contre-la-montre derrière Moser pour le pousser, et devant Fignon pour le retenir. Comme il l’évoque dans son ouvrage, ce Giro a clairement pris des allures de « tragedia dell’arte » et espérer ainsi mieux qu’une deuxième place relevait de l’impossible.

Puis, il y a eu le Tour 89 avec ces fameuses 8″ qui l’ont hanté tout le reste de son existence. Au-delà de cet écart (le plus faible de l’histoire du Tour), il note surtout l’emploi d’un vélo illicite de triathlète de Greg Lemond pour chacun de ses contres-la-montre. L’apport de cette machine révolutionnaire va bien au-delà des 8″ les séparant à Paris. Fignon estime qu’elle permet un gain d’1″ par kilomètre, ce qui est énorme au vu de la distance totale parcourue en contre-la-montre lors de ce Tour. Lui et Cyrille Guimard s’en voudront par la suite d’avoir refusé de porter réclamation.

2972151495_2_9_eI5bwqaCUltimes kilomètres de l’étape de l’Alpe Huez du Tour 89 à l’issue de laquelle Lemond sera relégué à 26″ du nouveau leader au classement général.

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Podium final du Tour de France 89.

 

Le choc des époques

 

Le cyclisme a beaucoup changé en l’espace de vingt ans. Aujourd’hui, le milieu s’est complètement déshumanisé avec la technologie (oreillettes, dopage de masse, stratégies de course défensives des leaders, courses sélectionnées…). Les instances y sont également pour beaucoup. Laurent Fignon les reproche surtout le raccourcissement des courses et l’établissement du classement UCI basé sur un système de points qui incite aux comportements défensifs dans les courses.
Le temps où le Blaireau visait toutes les victoires des courses de mars à celles de septembre est complètement désuet. De nos jours, les cadors du peloton international ne s’attachent uniquement qu’au Tour de France ou à certaines classiques.
Après lecture de cet ouvrage et visionnage de plusieurs vidéos des courses de l’époque, le cyclisme des années 80 des L. Fignon, B. Hinault, L. Herrera, P. Delgado, F. Moser, G. Lemond me fait davantage rêver que celui des années 2000 qui a eu le mérite de placer sur un même piédestal les Armstrong et Contador, aux respectifs M. Ferrari et E. Fuentes.

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