Championnats d’Europe d’athlétisme en salle 2011

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Le rapace Lavillenie, le marsupial Teddy et la gazelle Leslie ont posé leurs griffes sur les 31ème « Europe » indoor de Paris Bercy

 

Du vendredi 4 au dimanche 6 mars derniers, avaient lieu les championnats d’Europe d’athlétisme en salle au Palais Omnisport de Paris Bercy. Organisés tous les deux ans, ils se sont inscrits dans la continuité des derniers championnats en plein air de Barcelone avec de brillantes prestations françaises (11 médailles dont 5 titres). Faute de temps, je me suis focalisé uniquement sur les trois principaux protagonistes de ce week-end parisien : Renaud Lavillenie, Teddy Tamgho et Leslie Djhone. Tous trois ont glané l’or continentale en améliorant leur record respectif. Le premier, au saut à la perche, a ainsi amélioré le record de France avec 6,03 m. Puis, le deuxième, au triple saut, s’est offert un nouveau record du monde (17.92 m). Quant au troisième, sur 400 m, il a établi un nouveau record national, en plus d’avoir fortement contribué au sacre du relai 4X400 m.

 

Renaud s’envole vers les sommets

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Renaud Lavillenie en train de franchir la barre à 6,03 m (source Athlenergy)

 

Renaud Lavillenie est le meilleur perchiste mondial du moment. Dans son élément dans les airs, le vautour charentais n’aime pas partager et raffle tout sur son passage, ou presque. Depuis mars 2010, soit sur l’ensemble de l’année précédant ces championnats de Paris Bercy, il a enchaîné 25 concours de saut à la perche, et a laissé filer la victoire à seulement quatre reprises. A domicile à Bercy, le disciple de Damien Innocencio était grandissime favori.

Samedi, il a parfaitement tenu son rôle en survolant l’épreuve de main de maître. Alors qu’aucun de ses concurrents n’arrivait à franchir 5.81 m, il y est parvenu dès la première tentative. Ensuite, le titre assuré, seul en scène devant 7 500 spectateurs acquis à sa cause, il s’est attaqué au livre des records. En tribune, Jean Galfione et Serguey Bubka ont vu leur plus haute marque respective tomber pour le premier, et sérieusement menacée pour le second.

Lâché dans le dôme de Bercy, le perchiste du Clermont Athlétisme Auvergne s’est élevé, pour ce faire, à des hauteurs vertigineuses au-delà des six mètres. A 6.03 m, il continuait de voler dans les airs, et s’est adjugé, à la fois, le record hexagonal et celui des championnats. Ce vol plané lui a permis d’entrer dans le conclave des athlètes les plus hauts perchés de l’histoire. Puis, il a fait face à l’Everest de la perche : la barre des 6.16 m. Malgré la pression inhérente à son comble, Renaud n’a pas fait pâle figure à ses tentatives, sans toutefois parvenir à valider cette marque. Il peut cependant sortir de ces championnats avec le sentiment omniprésent d’être en mesure d’un jour pouvoir détrôner le Tsar au palmarès. Agé de seulement 24 ans, il truste un énième sacre continental.

En plus de s’affirmer comme le patron européen de la discipline, son grand rival Australien Steven Hooker est prévenu : le Français aura à coeur de se racheter de son échec de Berlin à Daegu l’été prochain.

Deux sauts sur un air de Tamgho

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Teddy Tamgho toujours autant animé par la soif de victoire (source Athlenergy)

 

Teddy Tamgho a choisi l’option de concourir à la fois à la longueur et au triple saut. Le recordman de France de cette dernière discipline avait pour objectif de doubler les podiums. Cette expérience inédite pour lui en grand championnat s’est toutefois avérée décevante à la longueur. Son meilleur saut (7.98 m) lui a fait échouer au pied du podium pour deux centimètres.

Le lendemain, il avait donc à coeur de briller dans sa discipline de prédilection : le triple saut. Dès le début du concours, il a été acculé et mis sous pression comme jamais. En effet, l’Italien Fabrizio Donato, à son 2ème essai, a été gratifié d’un bond à 17.70 m synonyme de records d’Italie et des championnats. Devancé également par le Roumain Oprea, le Français n’était alors qu’à la troisième place. A l’orgueil et au panache, le bondissant Francilien leur a apporté la meilleure réponse possible : un saut mesuré à 17.92 m, soit le record du monde battu. Le Transalpin, aussi tenant du titre, n’a ensuite rien pu faire pour contrer le sauteur du CA Montreuil en fusion totale. Ce dernier, sous la houlette de la légende Ivan Pédroso, a par la suite même été jusqu’à confirmer sa marque au 4ème essai en égalant son record du monde.

Ses deux bonds, en plus de le propulser tout droit vers son premier titre de champion d’Europe en salle, ont confirmé son statut de véritable taulier mondial de la spécialité.

 

Leslie le revanchard hors d’atteinte à Bercy

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Leslie Djhone lors du premier virage de sa finale (source Runinlive)

 

Leslie Djhone est arrivé à Bercy avec le statut de favori sur les épaules. Au bilan européen 2011, seul l’Estonien Niit Marek le devançait. Néanmoins, le Balte a fait l’impasse sur ces championnats. Puis, en l’absence des frères Borlée qui ont préféré se consacrer exclusivement au relai 4X400 m belge, on voyait mal qui pouvait venir s’immiscer devant lui.

Le natif d’Abidjan n’est toutefois pas un spécialiste de la salle avec sa grande foulée (estimée à 2.70 m) qui l’handicape lors des virages à la corde. Par ailleurs, après son éclosion au plus haut niveau lors des championnats du monde 2003 à Paris, il a enchaîné six finales de grands championnats (Athènes en 2004, Göteborg en 2006, Osaka en 2007, Pékin en 2008, Berlin en 2009 et Barcelone en 2010). Cependant, sa récolte totale a été bien maigre jusqu’alors avec seulement une seule médaille de bronze glanée en Suède il y a cinq ans. L’élève de François Pépin voulait donc briser cette image qui lui colle à la peau d’inconditionnel finaliste toujours absent des podiums.
Samedi dernier, après sa démonstration en série, il s’est élancé dans cette finale du couloir le plus excentré. Parti moins vite que l’Anglais à sa gauche, il a ensuite fait parler sa vitesse ; d’abord en comblant son retard sur le Britannique, puis après en étant le premier aux 200 mètres synonymes de rabattement au premier couloir. Le chemin vers son premier sacre continental était ensuite tout tracé. Son allure s’intensifiait et les écarts sur ses poursuivants se creusaient inéluctablement. Le véloce Français a ralié l’arrivée avec un temps de 45’45, record national.

A peine 24 heures après cette démonstration, il a rechaussé les pointes pour défendre les chances de l’équipe de France de relai 4X400 m, en compagnie de Marc Macedot, Mamoudou Elimane Hanne et Yoan Décimus. Nos tricolores ont livré une épatante prestation en concluant les 1600 m d’effort en 3’06 devant la Grande-Bretagne et la Belgique : titre européen et record de France battu.

Ce week-end, la réusite a donc été tant collective qu’individuelle pour la gazelle éclaire de l’A.C. Paris-Joinville.

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